VTT : planches cloutées, barbelés, les vététistes s’inquiètent de la multiplication des « pièges »

VTT : planches cloutées, barbelés, les vététistes s'inquiètent de la multiplication des "pièges"

Barbelés ou planches jalonnées de chemins, piquets plantés dans le sol : les passionnés de VTT dénoncent la multiplication des « pièges » qui les ciblent, dans un contexte de tensions croissantes avec certains « usagers » de la nature, dépassés par l’explosion du nombre de vélos du confinement.

Nez en sang, casque et vélo abîmés, hélicoptère de nuit hissé à l’hôpital : les images publiées mi-septembre sur le compte Instagram de Gaétan Broda font froid dans le dos.

Victime d’un « piège » dans le massif vosgien, le Haut-Rhinois de 18 ans, passionné de VTT d’enduro, avoue y « avoir failli y rester ». En cause : une planche à crampons cachée sur le sentier qui descendait « à plus de 50 km/h ».

Jeté dans un arbre, il perdra connaissance. Bilan : « Traumatisme crânien, facial et abdominal dont une fracture du foie et une petite hémorragie cérébrale », rapporte le peloton de gendarmerie de montagne (PGM) du Rhin supérieur sur Facebook. Une enquête a été ouverte.

Annoncé, l’accident a choqué la communauté des vététistes, bien au-delà de l’Alsace. Avec un goût amer de déjà vu.

Un chasseur condamné en 2015 dans l’Hérault

« Il y a beaucoup de cas » mais « là, ça atteint de nouveaux sommets », soupire Charles Péot, directeur du Collectif de défense des loisirs verts (Codever). Voir l'article : Quelle batterie pour velo electrique.

Depuis 2004, l’association recense des « pièges à sentiers » (« chaînes, câbles, barbelés » ou « planches à clous ») dans lesquels des VTT, des cyclistes, des quads, des cavaliers et même des marcheurs sont tombés dans toute la France.

En 17 ans, il a recensé 61 victimes : 51 blessés et 10 morts. La gendarmerie nationale évoque « un phénomène difficilement mesurable ».

Qui prépare ces pièges ? Impossible à dire, les auteurs sont rarement arrêtés, explique M. Péot à l’AFP. Il cite cependant le cas d’un « chasseur » héraultais condamné en 2015 à neuf mois de prison, dont un a été classé.

Certaines pratiques, comme le VTT, « doivent être si ennuyeuses qu’elles deviennent une obsession malsaine », dit-il.

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Une malveillance évidente

Si certains incidents sont dus à la négligence (un propriétaire forestier qui ne rend pas suffisamment visible le fil qui interdit l’accès à son domaine), d’autres sont motivés par une malveillance évidente, comme le poteau découvert en 2019 dans le Rhin supérieur, planté au milieu d’une piste, sous un rocher. Voir l'article : Quel est le meilleur vélo électrique rapport Qualité-prix ?

« Ces cas ne sont que la pointe de l’iceberg, il y a tous ceux qui passent inaperçus », même si « avec les réseaux sociaux c’est plus facile de revenir en arrière », observe Péot.

Référent dans le massif vosgien de la Fondation Mountain Bikers (MBF), association nationale qui promeut « la pratique du VTT durable et responsable », Ludovic Lechner a « le sentiment qu’il y a encore quelques pièges depuis la fin de la (première) emprisonnement ».

Vététistes et enduro

Les ventes de VTT, notamment à assistance électrique, ont alors explosé, drainant de « nouveaux cyclistes » et générant « plus de flux », analyse-t-il. Lire aussi : Velo electrique 24v ou 36v. De quoi « fomenter encore plus de tensions préexistantes » avec d’autres utilisateurs.

Les associations de randonnée et de protection de la nature, qui ne voient pas forcément cette prolifération de deux roues, ont condamné les pièges.

Pourtant, « les sports de vitesse n’ont rien à voir sur les sentiers de randonnée », insiste Dominique Humbert, président de SOS Massif des Vosges.

Le VTT a le droit de circuler mais a aussi le devoir de faire attention à l’environnement et aux autres utilisateurs

Appelant à ne pas confondre les vététistes qui marchent tranquillement dans les bois et les enduros qui « descendent à découvert », il s’inquiète de la généralisation de cette dernière pratique qui, selon lui, génère un « énorme risque de collision avec les randonneurs » et dégrade l’environnement .

« Le VTT a le droit de circuler mais il a aussi le devoir de faire attention à l’environnement et aux autres usagers », professe Ludovic Lechner, qui insiste : aucun texte n’interdit sa pratique, ce qui veut dire que, « en fait, il est autorisé « .

Cependant, il reste un flou selon lequel le VTT ne serait « toléré » que sur les sentiers, ce qui peut conduire « des personnes qui ne toléreront probablement plus (sa) pratique » à « dépasser le cap du piégeage », craint Lechner. , qui invite les autorités à « lever cette ambiguïté ».

Des mesures ont été prises pour tenter d’apaiser les tensions entre vététistes et marcheurs. Dans le Haut-Rhin, le Club Vosgien a lancé cet été une expérience de « sentiers partagés ». Une charte VTT est également en cours d’élaboration sous l’égide du Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges.